• le 23 février

    Cette nuit, j’ai fait un horrible cauchemar. J’étais poursuivi par tous ces voleurs de thé et une meute de gens les accompagnait. Heureusement, j’ai réussi à me casher derrière un juif. Puis, profitant d’une période d’accalmie, je lui demandais pourquoi des milliers de gens suivaient aveuglément ces escrocs. Il me répondit que cette foule s’imagine que ces marchands sont leurs maîtres. Bien qu’individuellement, ils se prétendent tous libres, ils demeurent obnubilés par leurs faits et gestes, à tel point que leur vie entière est régie par eux. Il poursuivit en me fournissant sous le sceau du secret, des informations fondamentales sur la véritable recette du gloubi-boulga. Malheureusement, je me suis réveillé avant d’avoir découvert ce fabuleux mystère.

    Au petit matin, par le plus grand des hasards, je suis entré dans un kiosque où fortuitement étaient empilés tous ces journaux qui effraient en colportant d’étranges rumeurs. J’en pris un au pifomètre. Comme tous les jours dans ce quotidien insipide, les mêmes abominations étaient présentes. J’y lus aussi qu’on approchait d’une grande festivité qui a lieu tous les cinq ans. Le clou du spectacle intervient lorsque l’Hermès télévisuel nomme le roi ou la reine des fous, d’après un mystérieux calcul.

    Avant cette date fatidique, pour que les enfants emmènent bien leurs parents à cette mascarade, chaque grossiste distribue des prospectus à la sortie des écoles; lesquels expliquent qu’il est le meilleur. Certainement, ont-ils tous raison. Ils sont si sincères. Je ne peux que les croire.  

    En rentrant chez moi, j’étais tout triste. J’avais ramassé plein de ces papiers avec des photos retouchées, mais ils avaient sûrement été jetés il y a fort longtemps. À l’intérieur, que de phrases périmées, moult propositions et promesses pour que la tête d’affiche soit présidente de cette fête.

    Or, horreur et putréfaction, elles sont impossibles !

    C’est mon avocat qui me l’a dit. Il m’a expliqué que le président possède deux grandes prérogatives : la politique étrangère ainsi que la garantie des institutions et de la constitution. Pourtant, dans leurs feuilles de choux, ils n’en parlent presque jamais. Peut-être sont-ils en accord sur ces questions ? Ils préfèrent traiter de sujets vagues qui sont du ressort du gouvernement. Or, en cette Cinquième République, les présidents ne peuvent ni le nommer, ni le contrôler. Bizarre, bizarre…

    Tous ces voleurs de thés essayent donc de me berner en me faisant croire qu’un bout de papier avec leurs noms vaut tous mes sachets. Si au moins ils y dessinaient de beaux dessins, cela se négocierait. Mais au lieu de cela, ils écrivent des phrases incohérentes, suivant toujours le même leitmotiv. Ils essaient de m’apitoyer en parlant d’une crise qui se soignerait chez eux par la boisson. Mais, si d’autres en boivent plus qu’eux, la crise de boisson sera générale.

    Je n’ai pas compris le rapport. Bien au contraire, si on continue à leur donner nos thés, la crise ne peut que s’étendre.

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